Journée d’étude
2 juin 2026, ENS Paris-Saclay
Penser l’expertise en anglais de spécialité en terrain pluridisciplinaire
L’anglais de spécialité se caractérise entre autres par le fait qu’il s’intéresse à des domaines dont ses acteurs·ices ne sont pas spécialistes : les chercheur·ses anglicistes débutant leur recherche en anglais de spécialité ne connaissent en règle générale que peu le domaine étudié (Van der Yeught 2010) et ne disposent alors que de « connaissances au second degré » (Wozniak, 2012, p. 9). Ceci confère à cette discipline un statut tout à fait spécifique et aux chercheur·ses en anglais de spécialité une « position particulière » (ibid) du fait de leur statut d'« interface » entre différents domaines spécialisés (Humbley 1998).
Cette « position particulière » (Wozniak 2012) se retrouve voire s’accentue dans le cadre de l’enseignement en secteur LANSAD (Langues pour Spécialistes d’Autres Disciplines). L’enseignement des langues de spécialité peut en effet être perçu comme « nécessitant des compétences et des connaissances en plus de celles requises pour enseigner une langue avec des objectifs généraux » (Vega Umaña, 2019, p. 2). L’autre grande spécificité par rapport à d’autres types d’enseignements est qu’il en résulte une potentielle modification de la « relation asymétrique expert/non-expert » (Vega Umaña, 2019, p. 4) entre enseignant·es et apprenant·es, ces derniers ayant davantage de connaissances sur le domaine spécialisé que les premiers.
Ces spécificités placent l’expertise du domaine au cœur des préoccupations de l’enseignement en LANSAD. Si certain·es postulent qu’un intérêt pour la discipline spécialisée est à la fois nécessaire et suffisant pour ce type d’enseignement (Taylor 1994, Dudley-Evans 1997, Basturkmen 2017), d’autres préconisent un savoir plus approfondi. Master (2005) place ces différentes perspectives sur un continuum, allant de la conviction que l’enseignant·e doit être expert·e à la fois du contenu disciplinaire et de la langue enseignée à celle que le rôle de l’enseignant d’ESP n’est pas d’enseigner du contenu disciplinaire. De la même manière, Sarré (2025, p. 66) recense les différentes positions exprimées par les chercheurs sur la question de l’expertise de l’enseignant de LSP sur un continuum allant d’un simple intérêt pour la discipline, voire d’une sensibilisation au domaine disciplinaire des apprenants (Kromidha, 2008; Lehmann, 1993), jusqu’à la maîtrise des savoirs de spécialiste (Hutchinson & Waters, 1987; Troike, 1994) attestée par un diplôme dans la discipline des apprenants (Sutherland, 1995; Esteban & Martos, 2002).
Si le grand écart entre les deux extrémités du continuum reflète la diversité des points de vue des enseignants du secteur et des chercheurs du domaine, il est cependant à noter que l’ensemble des positions représentées ne sont pas fondées sur des études empiriques, mais sur les expériences et réflexions personnelles des auteurs. Un consensus semble toutefois émerger : l’enseignant·e d’ESP « est obligé d’aller au-delà de son domaine d’expertise » pour acquérir de nouveaux savoirs qui l’aideront à mieux adapter ses enseignements (Hall 2012, cité par Vega Umaña, 2019, p. 2). En dépit de ces observations, un manque de formation spécifique pour les enseignant·es de LSP est à déplorer (Sarré 2023), et ces derniers sont ainsi souvent contraints d’apprendre « sur le tas » (Howard et Brown 1997, Van der Yeught 2010, Sarré 2023).
Il résulte donc de ces considérations une question cruciale et essentielle qui constitue « l’un des problèmes les plus épineux de la pratique de l’anglais de spécialité » (Belcher, 2013, p. 545) : quel degré d’expertise et de connaissance du domaine spécialisé des apprenants est nécessaire pour enseigner la langue de spécialité en question dans le secteur LANSAD ?
Nous proposons de réfléchir à cette « problématique récurrente » (Isani 2004) en langue de spécialité et d’initier un réel débat d’idées lors de cette journée d’étude dont l’ambition est de prolonger la réflexion existante autour des questions suivantes :
- dans quelle mesure est-il nécessaire (ou non) d’avoir une connaissance approfondie du champ disciplinaire des apprenants pour assurer l’enseignement de la langue spécialisée afférente,
- comment chercheurs et chercheuses, enseignants et enseignantes, peuvent-ils se familiariser avec ou se former à la discipline, (et le doivent-ils vraiment ?)
- quelles stratégies peuvent être déployées au sein de la classe pour gérer une éventuelle asymétrie entre expert·es disciplinaires et enseignant·es de langue ?
- quel(s) espace(s) de dialogue, voire de collaboration, existe–il entre expert·es de la discipline et enseignant·es LANSAD ?
Cette journée sera également l’occasion d’échanger avec des spécialistes et experts des différents champs disciplinaires de l’ENS Paris-Saclay, qui évoqueront leur propre perception de la langue de leur spécialité.
Les propositions en français ou en anglais (200 à 300 mots références bibliographiques exclues) sur ce thème sont à envoyer à Agnès Ganet (This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.) et Catherine Colin (This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.) avant le 13 avril 2026.
Calendrier
Diffusion de l’appel à communication : fin février 2026
Envoi de propositions de communication : 13 avril 2026
Notification : début mai 2026
Références bibliographiques
Basturkmen, H. (2017). ESP teacher education needs. Language Teaching, 52(3), 318‑330.
Belcher, D. (2013). The future of ESP research: Resources for access and choice. In B. Paltridge & S. Starfield (Eds.), The Handbook of English for Specific Purposes (pp. 535–551). Wiley‑Blackwell.
Dudley‑Evans, T. (1997). Five questions for LSP teacher training. In R. Howard & G. Brown (Eds.), Teacher Education for LSP (pp. 58‑67). Clevedon: Multilingual Matters.
Dudley‑Evans, T., & St. John, M. J. (1998). Developments in English for specific purposes: A multi-disciplinary approach. Cambridge University Press.
Esteban, A. A., & Martos, M. V. (2002). A Case Study of Collaboration Among the ESP Practitioner, the Content Teacher, and the Students. Revista alicantina de estudios ingleses, 15(7), 7‑21.
Hall, D. R. (2012). Teacher education for language for specific purposes. In C. A. Chapelle (Ed.), The Encyclopedia of Applied Linguistics. Wiley‑Blackwell.
Howard, R., & Brown, G. (Eds.). (1997). Teacher education for languages for specific purposes. Clevedon: Multilingual Matters.
Humbley, J. (1998). Le terminologue et le spécialiste de domaine. ASp, 19‑22, 137‑149.
Hutchinson, T., & Waters, A. (1987). English for Specific Purposes: A Learner-Centered Approach. Cambridge: Cambridge University Press.
Isani, S. (2004). Compétence de culture professionnelle : définition, degrés et didactisation. ASp, 43‑44, 5‑21.
Kromidha, E. (2008). Réalité et perspectives de l’enseignement / apprentissage du français de spécialité à l’université en Albanie. Recherches en didactique des langues et des cultures, 3(3).
Lehmann, D. (1993). Objectifs spécifiques en langue étrangère : Les programmes en question. Hachette FLE.
Master, P. (2005). Research in English for Specific Purposes. In E. Hinkel (Ed.), Handbook of Research in Second Language Teaching and Learning (pp. 106‑122). Lawrence Erlbaum / Routledge.
Sarré, C. (2025). Approche didactique de l’anglais de spécialité : de la didactique à la pédagogie, ou comment faire dialoguer recherche et pratique. Collection "Nouvelles pédagogies", préface de Michel Perrin. Paris : L'Harmattan.
Sarré, C. (2023). Pour une approche glocale de la formation des enseignants de langues de spécialité (LSP) au XXIème siècle. Neofilolog, 61(2), 89-108.
Sutherland, J. (1995). Thoughts on the Need to (Re)Claim, Explain, Define ESL/EFL/ESP. TESL-EJ, 4(1), 1‑7.
Taylor, M. (1994). How much content does the ESP instructor need to know? TESOL Matters, 4(1), 14‑18.
Troike, R. (1994). The Case for Subject-Matter Training in ESP. TESOL Matters, 3(6).
Vega Umaña, A. L. (2019). Perceptions des spécificités du travail et du rôle enseignant dans le secteur LANSAD : diversité et convergences. Recherche et pratiques pédagogiques en langues de spécialité, 38(1).
Wozniak, S. (2012). L’angliciste de spécialité et son objet de recherche : contribution à la réflexion épistémologique. ASp, 61, 25‑37.