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CR GT Economie-Gestion 08/09/2017

Université Paris 2 Panthéon-Assas - Vendredi 8 septembre 2017 – 9h30-18h

11 participant.e.s : Valérie Baisnée (IUT de Sceaux), Pascal Cudicio (Université Paris 2 Panthéon Assas), Fanny Domenec (Université Paris 2 Panthéon Assas), Marc Eline (Université Paris 2 Panthéon Assas), Mathilde Gaillard (Université Paris-Sorbonne), Laurence Harris (Université Paris Nanterre), Patricia Noël (Université Paris-Est Créteil), Catherine Resche (Université Paris 2 Panthéon Assas), Michel Van der Yeught (Aix-Marseille Université), Nathalie Vanfasse (Aix-Marseille Université), Séverine Wozniak (Faculté d’Économie de Grenoble, Université Grenoble Alpes).

Excusé.e.s : Sophie Cauchy (IAE Lyon, Université Jean Moulin Lyon 3), Jacqueline Percebois (Aix-Marseille Université), Hélène Windish (ENS Paris-Saclay).

Les travaux débutent à 9h30

Activité du GT

Après un tour de table où chaque intervenant.e se présente, Séverine Wozniak ouvre la séance en rappelant le déroulement de la journée de travail. Elle revient rapidement sur sa participation à un séminaire interactif du réseau « Language for Work », un des projets développés par le CELV à Graz (Autriche).

Thématique : 20 ans du GT Économie-Gestion du GERAS

Pour cette séance de travail, nous avons travaillé de façon inhabituelle : chacun.e a choisi un thème abordé précédemment dans le cadre des travaux du GT, est revenu.e sur ces travaux et a développé le thème choisi.

 

1. Laurence Harris : Banques centrales et devises anglo-saxonnes

Laurence Harris est partie du texte étudié lors de la séance du GT en 2003 à Toulon qui traitait de la communication des banques centrales. 2003 est en effet une année charnière car elle s’inscrit dans une période pendant laquelle les banques centrales ont obtenu leur indépendance opérationnelle. Avant cette période, elles travaillaient un peu en retrait et dans le secret et annonçaient leurs décisions par surprise. À partir des années 1990, elles se placent davantage sur le devant de la scène et prônent plus de transparence en annonçant leurs décisions, mais souvent de façon assez codée. Selon le texte que nous avions travaillé en 2003, la Banque d’Angleterre était perçue comme la plus transparente mais finalement comme la moins lisible. La FED était perçue comme la moins transparente et la BCE se positionnait entre les deux. Vingt ans plus tard, cette question de l’évaluation de la transparence est toujours très importante, tout comme celle de laccountability. Le classement n’a pas tellement changé aujourd’hui, la Banque d’Angleterre étant toujours perçue comme la plus transparente dans sa communication (au point parfois d’atteindre un point de saturation). Aujourd’hui les banques centrales ont énormément de pouvoir, elles ont gagné en indépendance par rapport à la gouvernance politique.

Référence
- « La sidérante transparence de la Banque d’Angleterre », Les Echos, 3 juin 2017.
- « As clear as mud », The Economist, 7 août 2003.

 

2. Nathalie Vanfasse : Debt, for better or for worse

Reprenant le thème traité en mars 2010 à Nice, Nathalie Vanfasse considère l’endettement du point de vue de la terminologie et à travers le prisme des interrogations philosophiques (autour de la notion de transparence par exemple) portées sur ce thème, notamment depuis la crise de 2008. Elle mène sa réflexion à partir de la question des dettes souveraines et en particulier de la dette américaine. Elle présente l’ouvrage Debt : The First 5,000 Years écrit par David Graeber, qui est docteur en anthropologie et enseigne à la LSE. Son point de départ est la crise de 2008, qui marque le début d’un vrai débat public sur la dette ; le livre de Graeber propose une mise en perspective de ce thème, considéré comme une construction sociale, fondatrice du pouvoir. Cette thématique apparaît centrale aujourd’hui, à l’heure où les banques renflouées par les États en appellent à ces mêmes États pour qu’ils fassent subir toute la rigueur de la loi aux simples citoyens qui font face à des difficultés financières (notamment par la mise en place de mandats d’arrêt contre les débiteurs aux États-Unis, ce qui rappelle le temps de l’Angleterre victorienne). La dette est une forme d’obligation mais est distincte des autres formes d’obligation que les êtres humains peuvent avoir entre eux : elle peut être mise en relation avec le don.

Référence
- Graeber, David. 2011. Debt : The First 5,000 Years. Brooklyn : Melville House.

 

3. Catherine Resche : Crisis Management

Catherine Resche revisite la thématique de la gestion de crise (traitée en septembre 2008 à Toulon) à travers l’étude des stratégies de gestion et de communication de crise par les entreprises, en l’occurrence Walmart. Elle s’intéresse à ce géant qui a dû faire face à de nombreuses crises, en analysant les stratégies linguistiques mises en œuvre par l’entreprise afin de rétablir son image de marque et sa crédibilité. Elle établit une typologie des différentes crises à partir de l’étude d’un corpus de 24 lettres introductives aux rapports annuels et de RSE sur une période de 12 ans (2005-2016). Globalement, cette stratégie de communication vise à montrer au public que l’entreprise reste prête à admettre ses failles : construction de l’ethos (notamment par le recours au métadiscours), réponse indirecte aux critiques, et métaphore qui revisite le récit. Il s’agit de montrer que Walmart n’a pas perdu son âme par des références régulières au père fondateur, Sam Walton, dans le but d’illustrer la continuité du travail et de la mission, tout en prônant une certaine forme d’adaptation et de rupture. Aujourd’hui le modèle de Walmart est peut-être vieillissant, l’entreprise est la plus haïe au monde car elle représente, pour ses détracteurs, à elle toute seule les travers de la mondialisation, mais l’entreprise résiste.

 

Références

- Benoit, William A. 1995. Accounts, Excuses, and Apologies: A Theory of Image Restoration Strategies. New York: State University of New York Press.
- Conley, Randy. 2015. 6 steps to rebuild broken trust. < https://leaderchat.org/2015/02/26/6-steps-to-rebuild-broken-trust/>.
- Coombs, W. Timothy. 2007. Protecting Organization Reputations During a Crisis: The Development and Application of Situational Crisis Communication Theory. Corporate Reputation Review, Vol. 10 (3), Palgrave Macmillan Ltd, 163–176.
- Davis, Lanny. 1999. "Truth to Tell: Tell it Early, Tell it All, Tell it Yourself" Notes from My White House Education. New York: Free Press.
- Eccles, Robert G., Scott C. Newquist & Roland Schatz. 2007. Reputation and its risk. Harvard Business Review, February issue. 
- Myers, Kenneth N. 1993. Total contingency planning for disasters: Managing risk…minimizing loss…ensuring business continuity. New York: John Wiley.
- Pearson, Christine M., & Mitroff, Ian I. 1993. From crisis prone to crisis prepared: A framework for crisis management. Academy of Management Executive, 7(1), 48–59.

 

4. Fanny Domenec : Crisis Management

Fanny Domenec étudie le thème de la gestion de crise à travers l’exemple des établissement bancaires américains, débutant sa présentation par un rappel de la crise qui a frappé la Wells Fargo en septembre 2016. Elle reprend la typologie des crises, soulignant en particulier le fait qu’une crise systémique a souvent pour point de départ une crise opérationnelle. Fanny Domenec s’interroge sur le degré de spécialisation du discours des entreprises dans un contexte de gestion de crise, en centrant son analyse sur les cas de J.P. Morgan, Wells Fargo et Bank of America. Elle cherche à voir s’il est possible de tracer un parallèle entre cette problématique de gestion du risque dans le secteur bancaire et d’autres secteurs, notamment le secteur industriel. En effet, dans un contexte de crise systémique latente, les entreprises ont une communication autour du risque, qui n’est pas uniquement à destination des investisseurs mais aussi du grand public. Comment l’idée de norme et de culture est-elle mise en place dans ce cadre ? Elle propose de prendre trois genres de discours écrits de l’entreprise et d’analyser l’articulation entre information financière et technique et aspects rhétoriques et stratégiques. 

Références :
- Beitone, Alain et al. 2010. Dictionnaire des Sciences Économiques. Paris : Armand Colin.
- Hassid, Olivier. 2011. Le management des risques et des crises, 3e édition. Paris : Dunod, coll. « Stratégie de l’Entreprise ».

 

5. Mathilde Gaillard : Corporate Social Responsibility

Mathilde Gaillard a choisi la thématique de la RSE traitée à Grenoble en septembre 2007, à une époque où cette notion était encore émergente et répondait à une nouvelle exigence en matière de responsabilisation des entreprises. À l’époque, il fallait encore justifier la mise en place d’une telle politique auprès des actionnaires, alors qu’aujourd’hui la plupart des entreprises publient ce genre de rapport. Suite à la réunion de 2007, Catherine Resche avait d’ailleurs travaillé sur les lettres d’introduction aux rapports RSE signées par les dirigeants de plusieurs grandes entreprises. Aujourd’hui, la notion de RSE (et ses trois piliers : social, environnemental, économique) est intégrée dans la stratégie de communication globale des entreprises. Ces dernières se présentent comme des partenaires sociaux participant pleinement à l’amélioration de la situation sur ces trois plans, en étroite collaboration avec les agences gouvernementales par exemple. Clients et employés accordent désormais une grande attention à l’implication sociale des entreprises. On observe une évolution de la façon dont les entreprises communiquent sur leur politique de RSE et en particulier sur les critères utilisés pour évaluer leur impact social et environnemental.

Références :
- Resche, Catherine. 2007. L’implicite dans le discours des grandes entreprises sur leur responsabilité sociale. ILCEA, n°9, 7-47.
- « Millennials are effecting change with social responsibility », Forbes, 11 août 2017.
- « The case for letting business solve social problems », Ted Talk by Michael Porter, juin 2013. [https://www.ted.com/talks/michael_porter_why_business_can_be_good_at_solving_social_problems].
- « Heineken 2015 Sustainability Report ». [https://www.youtube.com/watch?v=8FJyKYK74DM].

 

6. Valérie Baisnée : Human Resources (thème traité le 8 septembre 2006 à Paris)

Valérie Baisnée s’intéresse à la thématique des ressources humaines, traitée en septembre 2006 à Paris. À partir de la lecture d’articles de recherche, et aussi suite à ses propres observations des stages effectués par ses étudiant.e.s, elle propose une synthèse des principaux arguments et notions au cœur des deux types de discours développés au sein du domaine des ressources humaines : les RH en tant qu’éléments intégrés dans un business model ou bien les RH en tant qu’outils de promotion des droits des salarié.e.s. Elle constate que les services RH sont de plus en plus souvent considérés comme des partenaires stratégiques dans l’entreprise. Cependant, la dimension sociale de leur activité est parfois gommée, le service ayant principalement un rôle d’appui dans les différentes missions de l’entreprise, afin de servir les client.e.s et de satisfaire les actionnaires. Une des missions principales des services RH, parfois dilués au sein de départements à vocation généraliste appelés Business Support, est l’évaluation de leur propre politique, avec pour objectif d’améliorer la performance financière des RH des grandes entreprises, dans un contexte où certaines fonctions, telles que la paie et une partie du processus de recrutement par exemple, sont externalisées. Elle a pu constater que, dans certaines entreprises, des fonctions RH pourtant centrales sont confiées à du personnel débutant ou apprenti.

Références
- Ulrich, David. 1996. Human Resource Champions: The Next Agenda for Adding Value and Delivering Results. Boston : Harvard Business Review Press.
- Vanhee, Laurence. 2013. Happy RH. Le bonheur au travail, rentable et durable. Bruges : La Charte.

 

7. Michel Van der Yeught : European Economics

Michel Van der Yeught reprend le thème étudié lors de la première séance de travail du GT en septembre 1997 à Montpellier : European Economics. L’idée européenne, fondée sur une forme de nostalgie d’une communauté médiévale, se fonde sur une imbrication complexe de communs, tels que la Chrétienté, le système social féodal et le latin comme lingua franca. Elle constitue l’idéal culturel et intellectuel d’une civilisation : à partir du développement des langues européennes et de l’effacement progressif du latin, cette idée se développe et prend forme au cours du XIXe siècle dans les classes sociales privilégiées. Pour les Britanniques cependant, l’Europe a toujours été une question compliquée. D’ailleurs, au moment où naît au XIXe siècle un véritable ferment européen dans les sphères intellectuelles, les élites britanniques sont mobilisées par le projet de développement de l’empire. Aussi, la perspective britannique consiste en une vision très restrictive du champ d’action européen, l’union étant vue uniquement par le prisme des rapports commerciaux entre ses membres. Pour conclure, Michel Van der Yeught souligne que, du point de vue de l’histoire économique, l’épisode européen n’aura été finalement qu’assez court et conjoncturel pour les Britanniques, certain.e.s intellectuel.le.s allant même jusqu’à considérer le Brexit comme un retour à une situation équilibrée, l’adhésion au projet constituant l’erreur historique.

 

8. Séverine Wozniak : Tourism Economics

Dans son intervention, Séverine Wozniak évoque l’économie du tourisme, thématique traitée à Toulouse en mars 2005. À l’époque, Catherine Resche avait présenté dans son intervention le tourisme durable, concept alors émergeant encouragé par l’United Nations World Tourism Organization. Aujourd’hui, le tourisme durable est devenu un domaine de recherche reconnu et une activité économique à part entière. L’année 2017 a d’ailleurs été désignée par l’ONU comme l’année internationale du tourisme durable pour le développement : « In the context of the universal 2030 Agenda for Sustainable Development and the Sustainable Development Goals (SDGs), the International Year has promoted the change in policies, business practices and consumer behaviour towards a more sustainable tourism sector that can contribute to all the 17 SDGs » (site web de l’UNWTO). Séverine Wozniak présente deux documents utilisables en cours avec les étudiant.e.s pour traiter de cette thématique. Tout d’abord, elle fait référence à une activité de compréhension orale portant sur l’« Eco-Tourism » disponible sur le site du British Council, déclinée en deux exercices à partir d’un enregistrement MP3 de six minutes. Elle propose également d’utiliser l’interview d’une chercheuse indienne d’une durée de trois minutes, intitulée « Eco-Tourism in India, Risks and Benefits », qui peut servir de support pour un exercice de restitution écrite ou bien d’interaction orale.

Références
- UNWTO. [http://www2.unwto.org].
- Ballantyne, Roy et Jan Packer (dir.). 2013. International Handbook on Ecotourism. Cheltenham Glos : Edward Elgar Publishing.
- « A green and happy holiday? You can have it all », The Conversation, 22 septembre 2016.
- « Eco-Tourism », British Council Learning English. [https://learnenglish.britishcouncil.org/fr/magazine/ecotourism].
- « Eco-Tourism in India, Risks and Benefits », Dr. Hema Somanathan. [https://www.youtube.com/watch?v=-qpBJN-Q2yo].

 

9. Marc Eline

Pour conclure, Marc Eline présente sa réflexion sur un projet de licence en économie enseignée essentiellement en anglais, porté par Université Paris 2 Panthéon Assas. Il s’interroge notamment sur les contenus enseignés dans le cadre d’un tel projet et la définition des syllabus. La discussion s’engage alors sur la part éventuelle de cours proposés en français, ou bien doublés en français, sur la formation des enseignant.e.s chercheu.rs.ses intervenant et la participation éventuelle des professeur.e.s anglophones invité.e.s. Enfin, il faudra sans doute repenser la méthode d’évaluation ainsi que le contenu du cours d’anglais économique proposé dans le contexte de cette licence, afin d’y introduire éventuellement une dose renforcée d’HPE (histoire de la pensée économique) et d’histoire des idées, pour conserver la valeur ajoutée du cours d’anglais de spécialité.

 

Prochaine réunion du GT : le 15 mars 2018, à l’Université de Mons (Belgique) dans le cadre du prochain colloque du GERAS.

La séance est levée à 18h.

 

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